graphique évolution forêt

-35 %

de surfaces forestières entre 1952 et 2012 à Saint-Pierre-et-Miquelon

Saint-Pierre-et-Miquelon

écosystèmes terrestres

Forêt boréale de Saint-Pierre-et-Miquelon © DTAM 975

Forêt boréale de Saint-Pierre-et-Miquelon © DTAM 975

Source des données

La seule forêt boréale française

La forêt boréale ou taïga, distribuée autour du cercle polaire arctique en Amérique du Nord et en Eurasie, couvre plus de 10 % des terres émergées de la planète. Localement appelées « bouillées » ou « boisés », les forêts de Saint-Pierre-et-Miquelon sont des composantes essentielles du patrimoine naturel de l’archipel et représentent les uniques espaces de forêt boréale de France. Depuis les premières études de la flore de l’archipel au début du 19e siècle, leur composition a fait l’objet de nombreuses études.

En 2017, la forêt boréale couvrait environ 3 000 ha, soit 11 % de la surface terrestre de l’archipel. Elle est répartie de manière hétérogène entre les différentes parties de l’archipel : Langlade est la partie la plus forestière tandis que Miquelon, avec ses habitats plus tourbeux, compte moins de surfaces boisées.

La structure de la forêt et les espèces qui y sont présentes sont notamment conditionnées par la nature du sol, son taux d’humidité et l’exposition au vent et aux embruns. Dans les zones littorales ou en altitude, les arbres soumis aux vents violents et réguliers présentent une déformation appelée anémomorphose : le tronc est court, épais et courbé, et la partie exposée au vent est défoliée, d’où l’appellation « forêt naine » de ces zones.

comprendre

L'évolution de la forêt boréale de Saint-Pierre-et-Miquelon

Perte de la surface forestière entre 1952 et 2012 sur les différentes parties de l'archipel. L'île de Saint-Pierre n'est pas représentée car aucune donnée n'est disponible avant 2004.

Télécharger l'image
graphique évolution forêt
Forêt boréale de Saint-Pierre-et-Miquelon © DTAM 975

Forêt boréale de Saint-Pierre-et-Miquelon © DTAM 975

Quelles espèces végétales ?

Dans l’ensemble, la forêt de Saint-Pierre-et-Miquelon est dominée par le Sapin baumier (Abies balsamea), arbre caractéristique de la forêt boréale nord-américaine. Il s’accompagne d’autres essences de conifères, comme les épicéas ou épinettes (Picea glauca et Picea mariana) et de feuillus comme le Bouleau blanc (Betula papyrifera). La strate arborée s’accompagne également d’arbustes, comme l’Aulne crépu (Alnus alnobetula sub. crispa) ou le Sorbier d’Amérique (Sorbus americana), d’herbacées et de fougères, ainsi que de sphaignes dans les zones tourbeuses.

Forêt

Les surfaces boisées en diminution

Entre 1952 et 2012, la surface forestière a régressé de 35 % en moyenne sur l’ensemble de l’archipel. Langlade présente le recul le plus important (- 43 %), viennent ensuite Le Cap de Miquelon (- 37 %) et Miquelon (- 25 %). La surface forestière de Saint-Pierre montre quant à elle une régression de 3,9 % entre 2004 et 2012, cependant aucune donnée n’était disponible pour l’île avant 2004.

La régression des forêts pourrait entrainer à terme la disparition de ce milieu de l’archipel, et des espèces qui lui sont associées (faune, flore, fonge). La perte des forêts favorise également l’érosion, et modifie le cycle local de l’eau.

La régénération de la forêt empêchée par les vertébrés introduits

Historiquement, les « boisés » de l’archipel ont été soumis à une forte exploitation, notamment pour répondre aux besoins en bois de chauffage et de construction. La coupe de bois a fortement diminué à partir des années 1950 et l’exploitation forestière est actuellement limitée à l’enlèvement d’arbres secs ou morts dans les secteurs faciles d’accès de Miquelon. Le défrichement pour la mise en culture a toujours été très limité, l’agriculture n’étant pas très développée sur l’archipel. L’expansion urbaine à Saint-Pierre et Langlade n’est pas à négliger, mais n’est pas la cause première de disparition de la forêt.

La raison majeure de régression de la forêt boréale est l’abroutissement par les vertébrés herbivores. Le Cerf de Virginie (Odocoileus virginianus) et le Lièvre d’Amérique (Lepus americanus), introduits pour la chasse respectivement en 1953 et 1881 consomment les pousses et les bourgeons, empêchant la croissance des semis et des jeunes arbres. La pression est telle qu’elle compromet à moyen terme la régénération de la forêt, ne permettant pas le remplacement des arbres morts. La forêt est ainsi progressivement remplacée par des peuplements de graminées et de fougères, qui entravent d’autant plus la croissance des semis de conifères. De plus, les zones dégradées sont plus facilement colonisées par les plantes exotiques envahissantes comme le Séneçon jacobée (Jacobaea vulgaris). Cette situation est particulièrement visible à Langlade, moins accessible aux chasseurs, où les populations de cervidés sont moins dérangées. La pression d’abroutissement est bien moins importante sur la forêt de Saint-Pierre, le Cerf de Virginie n’étant pas présent sur l’île. Le développement de ces populations de mammifères introduits modifie également le cycle local du carbone et de l’azote.

La Tordeuse des bourgeons de l’épinette (Choristoneura fumiferana), le Diprion (Neodiprion abietis) et le Puceron lanigère (Adelges piceae) sont trois insectes à l’origine de mortalités préoccupante des arbres. Si le puceron est une espèce introduite, les deux autres espèces font partie intégrante du cycle forestiers, cependant en l’absence de régénération de la forêt, ils accélèrent son déclin.

Le changement climatique participerait également à la régression forestière. L’augmentation des températures, notamment hivernales et les changements de régimes de précipitation modifieraient le cycle de l’eau dans le sol, et fragiliseraient l’ancrage des arbres, qui deviendraient alors plus exposés aux risques associés aux vents violents.

Comment inverser la tendance ?

Un plan de gestion forestière a été mis en place en 2018 (pour la période 2019 - 2028), dont la gestion a été confiée à l’ONF.

Des opérations d’accompagnement de la régénération naturelle sont menées à titre expérimental, conjointement par la Fédération des chasseurs et la Collectivité territoriale. Elles consistent à récolter de jeunes plants, à les laisser se développer deux ans en pépinière avant d’être replantés dans les zones de régénération forestière. Les jeunes plants sont protégés par une pince à bourgeon ou enduits de graisse de mouton en guise de répulsif afin de les protéger des herbivores.

Ces opérations de reboisement font partie des différents leviers d’action possible pour favoriser la régénération de la forêt, mais elles ne seront cependant pas suffisantes si elles ne s’accompagnent pas d’une augmentation de la pression de chasse sur le Cerf de Virginie afin de réduire leur densité.

Quelques précisions sur la méthode de calcul de l’indicateur

Cet indicateur se base sur l’estimation des surfaces forestières à partir de photos aériennes et satellitaires datées de 1952, 2004-2005 et 2012. L’indice global pour l’archipel est calculé à partir des sommes de surfaces boisées des trois secteurs de l’archipel pour lesquels des données sont disponibles aux trois pas de temps (Miquelon, Langlade et le Cap de Miquelon).
Dans le cadre du plan de gestion de la forêt de Saint-Pierre-et-Miquelon, le calcul des surfaces forestières devrait être effectué tous les cinq ans à partir de 2022. Cette actualisation des données permettra la mise à jour de l’indicateur et le suivi de la tendance de l’évolution de la surface de la seule forêt boréale française.

Pour en savoir plus sur la forêt boréale de Saint-Pierre-et-Miquelon, consultez le site du Patrimoine naturel de de Saint-Pierre-et-Miquelon.

écogestes
Phoque veau marin (*Phoca vitulina*) © Daniel Koelsch
indicateur suivant

2 000

phoques à Saint-Pierre-et-Miquelon : la plus grande population de France