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Couple de fous à pieds rouges © Nelly Gravier - TAAF

Les îles Éparses,
chapelet d'îles autour de Madagascar

Îles Éparses
Couple de fous à pieds rouges © Nelly Gravier - TAAF Couple de fous à pieds rouges © Nelly Gravier - TAAF

Une biodiversité remarquable sur des îles de petite taille

Dans le canal du Mozambique, entre 10° et 25° de latitude sud, se répartissent l’archipel des Glorieuses, les îles Juan de Nova et Europa, et l’atoll de Bassas da India. Au nord de La Réunion, l’île de Tromelin complète cet ensemble de territoires français regroupés sous le nom d’îles Éparses, intégrés au sein des Terres australes et antarctiques françaises (TAAF). Si la surface terrestre cumulée de ces îles est réduite, elles permettent à la France de détenir un important territoire maritime sous sa juridiction. L’isolement et la faible occupation humaine permettent aux îles Éparses d’abriter une biodiversité remarquable au regard de leur petite taille. Elles hébergent notamment de grandes colonies d’oiseaux marin, des récifs coralliens dans un excellent état de conservation et sont des sites de pontes privilégiés pour les tortues marines.

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43

km2
Superficie terrestre

634 853

km2
Superficie marine

0

habitants permanents

14

m
point culminant

sur l'île Glorieuse, non nommé

Les différentes îles et archipels

Ile du Lys, archipel des Glorieuses © Hendrik Sauvignet - Office français de la biodiversité

Ile du Lys, archipel des Glorieuses © Hendrik Sauvignet - Office français de la biodiversité

L'archipel des Glorieuses

A l’entrée nord du canal du Mozambique, l’archipel regroupe quatre îles et rochers : Grande Glorieuse, l’île du Lys, les roches Vertes et le rocher du Sud. La biodiversité végétale est importante sur Grande Glorieuse, mais c’est surtout la richesse des récifs qui font des Glorieuses un point chaud de biodiversité, en particulier sur le banc du Geyser. L’ensemble des eaux de l’archipel a été classé en Parc naturel marin en 2012, puis en 2021 le Parc naturel marin a été remplacé par une Réserve naturelle nationale couvrant l’ensemble des îles de l’archipel et des eaux attenantes.

Vue aérienne de Tromelin © Nelly Gravier - TAAF

Vue aérienne de Tromelin © Nelly Gravier - TAAF

Tromelin

Cette petite île coralienne d’un kilomètre carré en forme d’amande est soumise à des conditions environnementales difficiles : nombreux cyclones, recouvrement par les vagues en cas de houle, forte salinité… C’est un lieu de ponte important pour les tortues vertes (entre 1 000 et 2 000 femelles par an). L’histoire de l’île a été marquée par l’échouage de l’Utile, un navire français transportant des esclaves, à la fin du 18e siècle. L’équipage parvint à rallier Madagascar sur une embarcation de fortune, abandonnant 60 esclaves à leur sort malgré la promesse de venir les chercher. Quinze ans plus tard, le chevalier de Tromelin, qui donna son nom à l’île, récupéra seulement huit survivants : sept femmes et un enfant.

Vue aérienne de Juan de Nova © Stephanie Legeron - TAAF

Vue aérienne de Juan de Nova © Stephanie Legeron - TAAF

Juan de Nova

Cette île de 6 km de long sur 1,6 km de large est entourée par une barrière corallienne délimitant un vaste lagon (200 km2). L’île a été fortement modifiée par l’exploitation du phosphate issu de la transformation du guano (fientes d’oiseaux), entre 1900 et 1972. Des habitations et des cultures y avaient été aménagées. Malgré l’impact de cette présence humaine, la biodiversité terrestre, en particulier la végétation, demeure riche.

Vue aérienne d'Europa © TAAF

Vue aérienne d'Europa © TAAF

Europa

Cette île est la plus grande des îles Éparses (31 km2). Elle est entourée de récifs frangeants, et abrite, au nord-est, un petit lagon entouré par une mangrove. Le reste de la végétation se divise entre une forêt sèche au nord et une plaine herbacée au sud. Europa présente l’avifaune marine la plus diversifiée des îles Éparses : 8 espèces nicheuses dont une sous-espèce endémique (le Phaéton à bec jaune d’Europa, Phaeton lepturus europae). C’est également le site de ponte de tortues vertes le plus important de l’océan Indien, avec plusieurs milliers de pontes par an.

Vue aérienne de Bassas da India © Stephanie Legeron - TAAF

Vue aérienne de Bassas da India © Stephanie Legeron - TAAF

Bassas da India

Cet atoll circulaire d’environ 10 km de diamètre est formé par un récif dont la quasi-totalité est immergée à marée haute, ce qui empêche tout développement terrestre. La richesse de Bassas da India se trouve donc dans ses eaux, elle est cependant mal connue en raison de ces conditions d’accès difficiles.

Lieux d’intérêt

Aux Îles Éparses

22 %

des espèces sont considérées comme éteintes ou menacées

En savoir plus
*Casuarina equisetifolia* © Jean Hivert - TAAF

Casuarina equisetifolia © Jean Hivert - TAAF

Le Filao

Le Filao (Casuarina equisetifolia) est un arbre aux rameaux filiforme qui pousse sur les sols sablonneux chargés en sel. Il peut atteindre une hauteur de 30 m, et bien qu'il ressemble à un pin, ce n'est pas un conifère. Ses fruits sont de petites billes formées de cônes à écailles pointues qui renferment les graines.

Originaire d'Asie du Sud-est et d'Australie, le Filao a été introduit à Europa, Juan de Nova et Grande Glorieuse, où il s’avère envahissant et modifie l’écosystème dans lequel il se développe, notamment car il libère des substances qui rendent le sol infertile pour les autres espèces.

*Heliotropium foertherianum* © Florent Bignon - TAAF

Heliotropium foertherianum © Florent Bignon - TAAF

Le Veloutier

Le Veloutier (Heliotropium foertherianum) est un arbuste qui compose l’essentiel de la maigre végétation de Tromelin. Il doit son nom à la texture veloutée de ses feuilles, et est utilisé par les oiseaux (fous à pieds rouges et gygis) comme support de nidification.

Statut sur la Liste rouge mondiale : non évalué.

*Onychoprion fuscatus* - Sterne fuligineuse © Maxime Amy - TAAF

Onychoprion fuscatus - Sterne fuligineuse © Maxime Amy - TAAF

Les oiseaux

Phaétons à brin rouge ou à bec jaune, Fou à pied rouge, Fou masqué, Frégate Ariel et Frégate Pacifique, sternes, puffins, noddis… il est difficile de résumer la diversité d’oiseaux marins qui peuplent les îles Éparses ! D’autant plus qu’on y trouve des sous-espèces endémiques. Pour certaines de ces espèces, Europa abrite les plus grandes colonies de l’océan Indien, c'est le cas par exemple pour la Sterne fuligineuse (Onychoprion fuscatus) dont les effectifs se comptent en millions d’individus.
Les îles Éparses hébergent également des espèces d'oiseaux terrestres, comme l'Aigrette Dimorphe (Egretta dimorpha) à Europa ou le Bulbul de Madagascar (Hypsipetes madagascariensis) aux Glorieuses. Europa est également l'une des 4 seules îles au monde où niche le Crabier blanc (Ardeola idae), un héron fortement menacé à l'échelle mondiale.

*Cryptoblepharus caudatus* - Scinque aux yeux de serpent de Juan de Nova © Louis Dorémus - TAAF

Cryptoblepharus caudatus - Scinque aux yeux de serpent de Juan de Nova © Louis Dorémus - TAAF

Les reptiles terrestres

On trouve sur les différentes îles Éparses quinze espèces de reptiles terrestres. Il s'agit de scinques (lézards de la famille des Scincidés) et de geckos (famille des Gekkonidés). Certaines espèces ont probablement été introduites, mais cinq sont endémiques : deux d'Europa, deux de Juan de Nova et une aux Glorieuses. Ces populations fragiles sont menacées par les prédateurs introduits (chats, rats, souris).

Statuts sur la Liste rouge des reptiles des îles Éparses, pour les cinq espèces endémiques : Cryptoblepharus caudatus, Lygodactylus insularis et Flexiseps valhallae : en danger critique d'extinction Cryptoblepharus gloriosus gloriosus : vulnérable Cryptoblepharus bitaeniatus : quasi-menacée.

*Chelonia mydas* - Tortue verte © Maxime Amy - TAAF

Chelonia mydas - Tortue verte © Maxime Amy - TAAF

Les Tortues marines

Cinq des sept espèces de tortues marines se retrouvent dans l’océan Indien et les îles Éparses sont des sites majeurs pour leur alimentation et leur reproduction pour deux d'entre elles, la Tortue verte (Chelonia mydas) et la Tortue imbriquée (Eretmochelys imbricata), en particulier Europa, où 2 000 à 10 000 femelles viennent pondre chaque année. Une même femelle revient pondre plusieurs fois dans la même saison, à quelques jours d'intervalle. A chaque fois, elle déposera entre 100 et 200 œufs, qui mettrons 8 à 10 semaines à éclore. Grandes migratrices, les tortues marines sont des espèces fortement menacées par les activités humaines : destruction de leurs habitats (sites de ponte et d'alimentation), les prises accidentelles de pêche, les collisions avec les engins motorisés, les pollutions. Protégées, elles sont cependant toujours largement braconnées à travers le monde.

Statut sur la Liste rouge des reptiles des îles Éparses : Tortue imbriquée : en danger critique Tortue verte : en danger.

espèces

Histoire naturelle & temps forts

1501

Découverte par Juan de Nova de l'île, d'abord baptisée Agalega (La Galicienne)

16e siècle

Découverte probable d'Europa

1751

Cartographie de l'archipel des Glorieuses par Mr. Du Guilly

31 juillet 1761

Naufrage de l'Utile à Tromelin

1892

Prise de possession des Glorieuses par la France

1897

Rattachement de Juan de Nova, Bassas da India et Europa à la France

1954

Implantation d'une station météorologique permanente sur Tromelin

2011

Classement d'Europa en site Ramsar

2012

Création du Parc naturel marin des Glorieuses

2021

Création de la Réserve naturelle nationale des Glorieuses

Les récifs coralliens

Les îles Éparses totalisent près de 800 km² de superficies récifales, qu'on trouve autour des îles et sur certains monts sous-marins éloignés comme le banc du Geyser (dans la ZEE des Glorieuses). Ces récifs coralliens abritent une biodiversité riche et diversifiée, avec 3 656 espèces recensées à ce jour : coraux, poissons, éponges, mollusques, crustacés, échinodermes, etc.
L'ensemble des récifs coralliens des îles Éparses présente un bon état de santé. Les pentes externes affichent des taux de recouvrement en corail vivant important, allant jusqu'à 80 % à Europa, où l'on retrouve une diversité et une biomasse en poissons récifaux exceptionnelle.

Récif des Glorieuses © Hendrik Sauvignet - OFB

Récif des Glorieuses © Hendrik Sauvignet - OFB

Les mangroves lagonaires d'Europa

Europa abrite les derniers reliquats de mangrove du sud-ouest de l'océan Indien dans un état de conservation exceptionnel. Cet écosystème primaire couvre 725 hectares autour du lagon. Il représente notamment un habitat favorable pour l'alimentation et le développement des tortues juvéniles et de certaines espèces de requins.

Tortue dans une mangrove à Europa © Bruno Marie - TAAF

Tortue dans une mangrove à Europa © Bruno Marie - TAAF

Les sansouïres et les steppes salées d'Europa

Ces habitats de zone humide qui couvrent 65 hectares sur les plaines autour du lagon et de la mangrove d’Europa sont composés d’une végétation adaptée aux milieux salins et qui se développe sur des sédiments d’origine corallienne. On y trouve notamment des salicornes (Caroxylon littorale).

Sansouïres d'Europa © B. Navez - Wikimedia commons

Sansouïres d'Europa © B. Navez - Wikimedia commons

Les herbiers sous-marins

Aux Glorieuses, ces herbiers de phanérogames (plantes à fleurs) marines s’étendent sur une superficie de 36 km2. Ils représentent une zone d'alimentation, de refuge et de nurserie pour de nombreuses espèces, en particulier les tortues vertes et imbriquées.

Tortue verte au dessus d'un herbier de phanérogames marines © Hendrik Sauvignet - OFB

Tortue verte au dessus d'un herbier de phanérogames marines © Hendrik Sauvignet - OFB

écosystème
Émergence de jeunes tortues marines à Europa © Florent Bignon - TAAF

Émergence de jeunes tortues marines à Europa © Florent Bignon - TAAF

Aux Îles Éparses

4

nouvelles espèces sont décrites par an

En savoir plus

Des îles préservées, mais sous la pression des espèces introduites et des changements globaux

Insularité, isolement, faible occupation humaine, ces caractères permettent aux îles Éparses d’abriter une biodiversité remarquable au regard de leur petite taille, en particulier d’impressionnantes colonies d’oiseaux marins et des récifs coralliens dans un état de conservation quasiment intact. Cependant, elles ne sont pas exemptes d'impacts des activités humaines et sont soumises aux menaces des changements globaux.

Plusieurs espèces non-indigènes ont été introduites sur les îles, volontairement ou involontairement, par les explorateurs. On y compte ainsi six espèces de mammifères et six espèces d’oiseaux naturalisés, mais aussi de nombreuses espèces végétales, des reptiles ou encore des insectes. Si les conséquences de la présence de certaines espèces introduites sont encore méconnues, l’impact des mammifères prédateurs est lui avéré : les chats et les rats déciment les colonies d’oiseaux. Pour y remédier, les agents des TAAF mènent des campagnes de dératisation, notamment à Tromelin, où leur l’effet a été nettement observable : les effectifs des populations ont augmenté et plusieurs espèces qui n’étaient plus observées sont revenu nicher, comme la Gygis blanche (Gygis alba) et le Noddi brun (Anous stolidus) .

L’administration des Terres australes et antarctiques françaises s’est engagée aux cotés de La Réunion et de Mayotte pour la préservation des tortues marines, fortement menacées, par la mise en place d’un Plan national d’action. Ses principaux objectifs : lutter contre le braconnage et les impacts de la pêche, préserver les sites de ponte (notamment contre les espèces introduites), préserver les herbiers de nourrissage et approfondir les connaissances scientifiques sur les tortues.

Du fait de leur richesse en poissons pélagiques (marlins, espadons, thons, bonites), les eaux de l’océan Indien sont parcourues par des flottilles industrielles de pêche. Dans les eaux sous juridiction françaises autour des îles Éparses, la pêche est autorisée mais règlementée, et certaines espèces comme le Thon albacore (Thunnus albacares) font l’objet de limitations de captures en raison du mauvais état estimé des stocks. Des observateurs de pêche sont embarqués à bord des bateaux de pêche afin de veiller au respect de ces règlementations et rapporter à l’Institut de Recherche et développement (IRD) des données scientifiques pour étudier les populations de ces poissons.

Pour en savoir plus : visitez le site des Terres australes et antarctiques françaises et consultez le livret d'identification de la faune des îles Éparses.

enjeux
Pointe des Colibris © Olivier Delzon
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Guadeloupe