Vallée de la Hébé, île de la Possession, Crozet © Julie Tucoulet

Les Terres Australes françaises

Terres australes françaises
Vallée de la Hébé, île de la Possession, Crozet © Julie Tucoulet

Un isolement extrême

Fjords, glaciers, falaises, cratères, vallées à la végétation rase… Les Terres Australes françaises– aussi appelées îles subantarctiques - fascinent par leur isolement et leur nature brute et inhospitalière. Au sud de l’océan Indien entre les 40e rugissants et les 50e hurlants, ces îles volcaniques balayées par les vents présentent des paysages exceptionnels et abritent l’une des plus fortes concentrations et diversités d’oiseaux marins au monde. Leurs eaux sont également très riches, accueillant de nombreux mammifères marins qui viennent s’y nourrir. Ces îles sont classées en Réserve naturelle nationale depuis 2006 et inscrites sur la Liste du Patrimoine mondial de l’Unesco depuis 2019.

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7 621

km2
Superficie terrestre

1 655 098

km2
Superficie marine

0

habitants permanents

1 850

m
point culminant

Mont Ross (Kerguelen)

Les différentes îles

Albatros nicheur et falaises de Crozet © Julie Tucoulet

Albatros nicheur et falaises de Crozet © Julie Tucoulet

L'archipel Crozet

Cinq îles volcaniques dont l’origine remonterai à 8 millions d’années forment l’archipel de Crozet. Le groupe occidental des îles Froides comprend l’île aux Cochons, les îlots des Apôtres et l’île des Pingouins, il est distant d’environ 110 km des îles orientales : l’île de la Possession et l’île de l’Est. Toutes les îles sont classées en zone de protection intégrale, seule l’île de la Possession est en zone de protection réglementée et est par conséquent la seule accessible aux humains. Elle abrite depuis 1962 la base Alfred Faure. L’archipel accueille la plus grande population de manchots royaux au monde.

La base Port aux Français, Kerguelen © Bruno Marie

La base Port aux Français, Kerguelen © Bruno Marie

Kerguelen

La Grande Terre de Kerguelen, territoire le plus vaste des Terres australes françaises et le plus ancien (40 millions d’années), est célèbre pour ses côtes au relief extrêmement découpé, avec de nombreux fjords et baies secondaires. A l’ouest, une calotte glaciaire couvre le territoire. Le littoral est occupé par de nombreux animaux qui viennent s’y reproduire : éléphants de mer, manchots, albatros, gorfous… Si la rudesse du climat n’a pas favorisé le développement des plantes en hauteur, on y trouve des espèces remarquables et des communautés végétales originales et parfois uniques. La végétation sous-marine, avec de vastes forêts d’algues, est foisonnante, et les eaux environnantes sont caractérisées par la présence de la Légine australe (Dissostichus eleginoides).

Vue aérienne de l'île Saint-Paul © Bruno Marie

Vue aérienne de l'île Saint-Paul © Bruno Marie

Les îles Saint-Paul et Amsterdam

Ces deux îles, distantes de 85 km, sont les plus récentes du groupe, elles ont émergé il y a environ 100 000 ans. Sur Amsterdam, on trouve la seule espèce d’arbre indigène des Terres australes françaises, le Phylica arborea, dont la population a été largement endommagée par les activités humaines passées (incendies, prélèvements, pâturage, etc.). Des populations importantes d’otaries viennent se reproduire sur ses côtes, et ses eaux sont riches en poissons et en langoustes. L’île Saint-Paul est une réserve intégrale où toute présence humaine est interdite.

Lieux d’intérêt

Aux Terres australes françaises

31 %

des espèces sont considérées comme éteintes ou menacées

En savoir plus
*Arctocephalus tropicalis* © Roald Harivel

Arctocephalus tropicalis © Roald Harivel

L’Otarie à fourrure d’Amsterdam

Chassée pour sa fourrure, l’Otarie à fourrure d’Amsterdam (Arctocephalus tropicalis) a frôlé l’extinction au début du XXe siècle. Si les populations restent globalement inférieures au niveau de pré-exploitation, l’île Amsterdam abrite aujourd’hui la 3e plus grande population mondiale d’otarie d’Amsterdam.

Statut sur la Liste rouge des mammifères des TAAF : préoccupation mineure.

*Eudyptes chrysolophus* © Julie Tucoulet

Eudyptes chrysolophus © Julie Tucoulet

Les gorfous

Les Gorfous dorés (Eudyptes chrysolophus), aussi appelés Gorfous macaronis, sont de petits manchots reconnaissables à la touffe de plumes jaunes de chaque côté de leur tête, appelée « aigrette ». Contrairement aux manchots royaux qui nichent sur les plages, ils nichent dans les espaces rocheux difficiles d’accès, en compagnie des Gorfous sauteurs (Eudyptes chrysocome), plus petits et possédant un bec plus court.

Statut sur la Liste rouge des oiseaux des TAAF : Gorfous dorés : préoccupation mineure. Gorfous sauteurs : données insuffisantes.

Bosquet de Phylicas© Réserve naturelle national des Terres australes françaises

Bosquet de Phylicas© Réserve naturelle national des Terres australes françaises

Le Phylica

Le Phylica (Phylica arborea) est le seul arbre indigène des Terres australes françaises, et il est présent uniquement sur l’île d’Amsterdam. Les incendies et la dégradation par les bovins introduits avaient presque conduit à sa disparition. Il est aujourd’hui au centre d'un programme de restauration mené par la Réserve naturelle nationale des Terres australes françaises qui met en place la plantation de jeunes individus en milieu naturel afin de recréer des boisements sains dans son aire de distribution originelle, après l'éradication des bovins de l'île en 2010.

Statut sur la Liste rouge mondiale : en danger.

Couple d

Couple d"Aptenodytes patagonicus et leur œuf © Julie Tucoulet

Le Manchot royal

Les îles australes, et l’archipel Crozet en particulier, accueillent les plus grandes populations de manchots royaux (Aptenodytes patagonicus) du monde. Leurs immenses colonies peuvent parfois atteindre plus d’un million d’individus. Excellent plongeur, le manchot royal se nourrit en mer de poissons-lanternes et de calmars. On le distingue du Manchot empereur (Aptenodytes forsteri), qui vit en Antarctique, par sa tâche auriculaire (autour de l’oreille) jaune en forme de cuillère. Le duvet du jeune manchot avant sa première mue est marron, ce qui lui vaut le surnom de « kiwi ».

Statut sur la Liste rouge des oiseaux des TAAF : préoccupation mineure.

*Anatalanta aptera* © TAAF

Anatalanta aptera © TAAF

Anatalanta aptera

La mouche Anatalanta aptera, endémique de la région subantarctique, a une étrange particularité : elle n’a pas d’ailes ! Ce caractère morphologique est une adaptation aux conditions climatiques rigoureuses des Terres australes françaises et leurs vents forts et constants, ainsi qu’à l’absence de prédateurs natifs.

Statut sur la Liste rouge mondiale : non évalué.

*Pringlea antiscorbutica* © Julie Tucoulet

Pringlea antiscorbutica © Julie Tucoulet

Le Chou de Kerguelen

Le Chou de Kerguelen (Pringlea antiscorbutica) est une plante vivace dont les feuilles ovales poussent en rosette. Il se rencontre dans des milieux divers et est capable de s’adapter à différentes contraintes : à basse altitude en milieu côtier il présente une forte résistance aux embruns ; à très haute altitude (entre 700 – 1000 m), il résiste au gel, et peut se développer sur des plateaux rocheux ou en falaise. Comme les autres plantes de la famille des Brassicacées, il est riche en vitamine C et a pu être historiquement consommé par les marins pour lutter contre le scorbut. A Kerguelen, ses populations ont été fortement réduites suite à l’introduction des lapins sur l’île. Contrairement à ce que son nom laisse à penser, cette espèce emblématique de la zone subantarctique n’est pas uniquement présente à Kerguelen mais se trouve également à Crozet et dans les îles Marion, Heard, Prince Edwards et Mac Donald.

Statut sur la Liste rouge mondiale : non évalué.

*Azorella selago* © Julie Tucoulet

Azorella selago © Julie Tucoulet

L'Azorelle

L’Azorelle (Azorella selago) est une plante à fleur à croissance très lente qui forme des coussins denses sur les étendues pierreuses de Kerguelen et Crozet. Un individu met 100 à 200 ans pour atteindre un mètre de diamètre ! A Kerguelen, les tapis d’Azorelle ont été fortement dégradés par les lapins introduits et ne sont aujourd’hui visibles que sur les îles et îlots où l’herbivore n’est pas présent.

Statut sur la Liste rouge mondiale : non évalué.

*Diomedea exulans* © Julie Tucoulet

Diomedea exulans © Julie Tucoulet

Les albatros

Avec une envergure pouvant atteindre 3,7 m, l’Albatros hurleur (Diomedea exulans) est le plus grand oiseau au monde. Ses longues ailes rendent son envol un peu difficile mais elles lui permettent de planer sans effort sur de grandes distances. Il ne revient sur terre qu’une fois tous les 2 ans pour la saison de reproduction. L’Albatros d’Amsterdam (Diomedea amsterdamensis) est endémique strict de l’île Amsterdam et se reproduit uniquement sur un haut plateau de l’île, le Plateau des Tourbières. La petite taille de sa population, estimée à 210-220 individus, en fait une des espèces d’oiseaux les plus rares au monde, en danger critique d’extinction. Un plan national d’actions vise à sa préservation, sur terre comme en mer. Les 2/3 de la population mondiale d’Albatros à bec jaune (Thalassarche carteri) se reproduisent dans les Terres australes françaises. Sur la seule île Amsterdam, on trouve la plus grande colonie au monde concentrée sur les falaises d’Entrecasteaux, qui représente 60 % de la population mondiale. D’autres espèces d’albatros nichent dans les terres australes, comme l’Albatros à sourcils noirs (Thalassarche melanophris) ou l’Albatros fuligineux (Phoebetria fusca).

Statut sur la Liste rouge des oiseaux des TAAF : Albatros hurleur : en danger critique. Albatros d’Amsterdam : en danger critique. Albatros à bec jaune : en danger.

*Orcinus orca* © Julie Tucoulet

Orcinus orca © Julie Tucoulet

Les orques

Les orques (Orcinus orca) sont des super-prédateurs fréquemment observées dans les eaux subantarctiques, où elles chassent notamment les juvéniles d’otaries et d’éléphant de mer. Elles vivent en groupes sociaux dirigés par la doyenne des femelles.

Statut sur la Liste rouge des mammifères des TAAF : en danger.

Mâle de *Mirounga leonina* au milieu des manchots royaux © Julie Tucoulet

Mâle de Mirounga leonina au milieu des manchots royaux © Julie Tucoulet

L’Éléphant de mer du sud

L’Éléphant de mer du sud (Mirounga leonina) est le plus gros représentant de la famille des phoques. Il doit son nom au nez en forme de trompe qui se développe chez les mâles dominants. Sa chasse massive pour sa graisse au cours des 19e et 20e siècles a mené l’espèce au bord de l’extinction, mais les populations se sont aujourd’hui bien reconstituées. Chaque année, environ 90 000 femelles viennent se reproduire sur les côtes de Kerguelen.

Statut sur la Liste rouge des mammifères des TAAF : préoccupation mineure.

espèces

Histoire naturelle & temps forts

-40 millions d’années

Émergence de l’archipel Kerguelen

-8 millions d’années

Émergence de l’archipel Crozet

-100 000 ans

Émergence des îles Saint-Paul et Amsterdam

1522

Découverte des îles Saint-Paul et Amsterdam par le navigateur Sébastian Del Cano et les compagnons de Magellan

24 janvier 1772

Premier débarquement de l’expédition de Marc-Joseph Marion du Fresne sur l’île de la Possession (Crozet)

12 février 1772

Découverte de Kerguelen par le navigateur français Yves Joseph Kerguelen de Trémarec

1955

Création du territoire des Terres Australes et Antarctiques françaises (TAAF), divisé en 3 districts

2006

Création de la réserve naturelle nationale des Terres australes françaises

2019

Classement des Terres et mers australes au Patrimoine mondial de l’UNESCO

Manchotière de la Baie du Marin (Crozet), avec le Marion Dufresne, bateau ravitailleur des TAAF en arrière-plan © Julie Tucoulet

Manchotière de la Baie du Marin (Crozet), avec le Marion Dufresne, bateau ravitailleur des TAAF en arrière-plan © Julie Tucoulet

Aux Terres australes françaises

3

nouvelles espèces sont décrites par an

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Un sanctuaire préservé, mais soumis à des pressions

Bien que la Réserve naturelle nationale des Terres australes françaises constitue un territoire extrêmement préservé, il n’en demeure pas moins qu'il est sujet à un certain nombre de pressions qui relèvent non seulement de facteurs externes, ne pouvant être traités qu’à l’échelle de la planète (changements climatiques, polluants atmosphériques, etc.), mais également de facteurs locaux, liées aux activités humaines passées et/ou présentes sur ces îles :

Un vaste cortège d’espèces végétales et animales ont été introduites au cours du temps, volontairement ou involontairement. C’est le cas, entre autres, des mammifères terrestres (rongeurs, lapins, chats). Les interactions entre ces espèces importées avec la flore et la faune locale sont relativement bien connues. Afin de réduire la probabilité de nouvelles introductions sur le territoire, des procédures strictes de biosécurité sont été mises en place par la Réserve avant tout accès.

Des activités de pêche se déroulent dans la partie marine de la Réserve. La pêcherie de Kerguelen et de Crozet cible exclusivement la légine australe (Dissostichus eleginoides) mais entraine la capture d’espèces accessoires qui sont peu ou pas valorisées commercialement. Les oiseaux marins, attirés par les hameçons appâtés lors de la mise à l’eau des lignes et de leur remontée à bord, sont particulièrement vulnérables. Les prescriptions techniques mises en place par les TAAF pour limiter cette mortalité aviaire montrent de bons résultats. La déprédation des lignes par les orques et les cachalots, qui conduit à des modifications comportementales de ces mammifères marins et à une pression accrue sur la ressource, constitue un autre enjeu de gestion des pêcheries. Autour des îles Saint-Paul et Amsterdam, la pêche pratique est à la langouste et aux poissons. Si la pression exercée par les casiers et les engins de pêche sur certaines espèces et habitats est réelle, elle n’est néanmoins pour l’instant pas véritablement évaluée.

Les autres menaces, bien que prises en compte par la Réserve naturelle dans le cadre de son plan de gestion, sont considérées comme mineures.
Pour en savoir plus sur ces territoires, consultez le site des Terres australes et antarctiques françaises et le site de la Réserve naturelle nationale des Terres australes françaises.

enjeux
Pointe des Colibris © Olivier Delzon
territoire suivant

Guadeloupe